Protections Hygiéniques

On fait attention à ce qu’on mange et boit. On scan les étiquettes de chaque produit. On essaye d’acheter bio.

Mais ce qu’on glisse à l’intérieur de notre corps pendant nos menstruations, ça, on ne se questionne pas trop.

Il est temps d’y regarder de plus près.

La muqueuse vaginale : une porte grande ouverte

Le vagin n’est pas un espace hermétique. Sa muqueuse est hautement perméable, environ 10 fois plus que la peau. Ce qu’on y introduit peut traverser cette paroi et rejoindre la circulation sanguine.

En juillet 2024, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie a publié la première étude (la toute première étude!) mesurant les taux de métaux présents dans des tampons. Les chercheurs ont examiné 14 marques vendues aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Grèce, et ont trouvé des concentrations de métaux comme le plomb, l’arsenic, le cadmium, le chrome et le zinc. 

Dans la trentaine de tampons testés, des concentrations de 16 métaux ont été évaluées y compris des métaux toxiques comme le plomb.

Ce qui est particulièrement troublant ?

Les tampons bio ne présentaient pas forcément de concentrations plus faibles. Le label “bio” ne garantit pas une protection totale.

Les tampons sont une source d’exposition particulièrement préoccupante, car la muqueuse vaginal présente une capacité élevée d’absorption. 

Les chercheurs souhaitent faire davantage d’études pour mesurer précisément ce qui traverse la paroi vaginale et à quel impact cela peut mener. Mais peut de recherches dans ce domaine sont financées.

Le grand angle mort de la recherche

Il y a quelque chose qui mérite d’être dit clairement : la science ignore le corps des femmes.

Pendant des décennies, la majorité des études cliniques ont été menées sur des sujets masculins, en partant du principe que les résultats s’appliquaient à tout le monde. Les médicaments, les protocoles médicaux, les seuils de toxicité : tout a été calibré sur un corps qui n’est pas le nôtre.

Et les produits menstruels ? À peine effleurés. L’étude de Berkeley de 2024 est présentée comme la première du genre à mesurer les métaux dans les tampons. La première! Pour un produit utilisé par des centaines de millions de femmes depuis des décennies, plusieurs jours par mois, pendant quarante ans de leur vie.

Ce vide est le reflet d’un système qui a longtemps considéré la santé féminine, et notamment tout ce qui touche aux menstruations, comme un sujet secondaire, voire tabou. On n’étudie pas ce dont on n’ose pas parler.

La conséquence directe ?

On ne sait pas encore précisément quelles substances traversent la muqueuse vaginale, à quelle concentration, avec quels effets à long terme. Les chercheurs eux-mêmes le reconnaissent : il manque des données. Et en l’absence de données, c’est à nous de faire des choix éclairés avec ce qu’on a.

Et les autres substances ?

Les métaux lourds ne sont pas la seule préoccupation. Des traces de pesticides, de dioxines et d’autres composés persistants ont été détectées dans le coton conventionnel utilisé pour certains tampons, en raison de l’utilisation intensive de produits phytosanitaires. 

Les tampons absorbent non seulement le flux menstruel, mais aussi une partie des sécrétions naturelles, ce qui peut entraîner un assèchement vaginal et fragiliser la barrière muqueuse. 

Les alternatives qui existent

Il existe aujourd’hui des options aux tampons :

  • La coupe menstruelle : en silicone médical, elle recueille le flux sans dessécher la muqueuse, sans substances chimiques.

  • La culotte menstruelle en coton bio : Une très bonne option pour celles qui ne souhaitent pas insérer de corps étranger pendant leur saignement.

  • Le tampon en coton biologique non blanchi : si on tient au tampon, c’est l’option la moins chargée en résidus chimiques, mais sans garantie absolue.

Une question d’attention globale

On apprend à prendre soin de ce qu’on mange, de ce qu’on respire, de ce qu’on applique sur notre peau.

Les menstruations, c’est en moyenne 40 ans de notre vie. Des milliers de produits introduits au cœur de notre corps, là où la perméabilité est maximale.

C’est une raison de s’informer.

Prendre soin de son corps féminin, ça commence aussi par là, par ces petits choix du quotidien qu’on n’a jamais vraiment questionnés.

Notre corps mérite qu’on s’y intéresse.

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